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jeudi

Petite leçon d'économie

Voilà une petite fable qui circule encore parfois de courriels en courriels :
« Ça se passe dans un village qui vit du tourisme, sauf qu'à cause de la crise il n'y a plus de touristes. Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre. Plusieurs mois passent, misérables. Arrive enfin un touriste qui prend une chambre. Il la paie avec un billet de 100€.
Le touriste n'est pas plutôt monté à sa chambre que l'hôtelier court porter le billet chez le boucher, à qui il doit justement cent euros. Le boucher va aussitôt porter le même billet au paysan qui l'approvisionne en viande. Le paysan, à son tour, se dépêche d'aller payer sa dette à la prostituée à laquelle il doit quelques passes. La prostituée boucle la boucle en se rendant à l'hôtel pour rembourser l'hôtelier qu'elle ne payait plus quand elle prenait une chambre à l'heure. Comme elle dépose le billet de 100€ sur le comptoir, le touriste, qui venait dire à l'hôtelier qu'il n'aimait pas sa chambre et n'en voulait plus, ramasse son billet et disparaît.
Rien n'a été dépensé, ni gagné, ni perdu.
N'empêche que plus personne dans le village n'a de dettes. N'est-ce pas ainsi qu'on est en train de résoudre la crise mondiale? »
Cette histoire a le mérite de rappeler qu'effectivement l'économie est un circuit et que les dépenses d'un agent sont aussi les revenus d'un autre qui formeront à leur tour d'autres dépenses.
L'économie est un circuit...
L'histoire est donc bien ficelée et aurait plu à J.M. Keynes à coup sûr !
Cependant, dans cette version, l'ensemble de ce qui est perçu par les agents est dépensé ce qui est peu crédible dans la réalité. En effet, une partie des revenus est conservée par les agents, épargnée et n'alimentera pas une consommation immédiate (1ère fuite du circuit : l'épargne).
Ensuite, les dépenses restent affectées ici à des agents sur l'île, or on sait que certains flux passent les frontières et vont aller alimenter d'autres économies (2e fuite : les importations : consommation en biens et services étrangers).
Par conséquent il serait bien étonnant que la somme retrouvée sur le guichet de l'hôtel soit la même que celle qui a été dépensée au départ par le touriste mais ... c'est bien vu !
En tout état de cause, la conclusion est fausse : « Rien n'a été dépensé, ni gagné, ni perdu. » puisque 100 euros ont été dépensés par le touriste puis gagnés par l'hôtelier qui les a lui-même dépensés pour autre chose etc.
La morale de cette histoire c’est que si l’on remplace le touriste par le gouvernement ou l’Etat on se rend compte qu’une dépense initiale (investissement public par exemple) pourrait se traduire par un accroissement de revenus dans l’économie plus important que la somme dépensée au départ. C’est ce que les économistes nomment le « multiplicateur keynésien » mis en évidence dès 1936 par J.M. Keynes dans sa Théorie Générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie et qui permet de justifier l’intervention étatique en matière de relance des économies. C’est certainement la voie de la sortie de crise actuelle mais attention aux fuites…

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