Le libéralisme est un courant de pensée "extraordinaire" (!?). En son nom, on justifie qu'il ne faut pas intervenir sur les marchés sous peine de les déséquilibrer et de nuire à la satisfaction générale. Ainsi Adam Smith, économiste écossais du XVIIIe siècle considéré comme le père du libéralisme, affirmait que si chacun cherchait son intérêt propre c''est toute la société qui y gagnerait car le bien être collectif serait aussi maximisé (principe de la main invisible). Aujourd'hui on interdirait à l'Etat de se mêler des salaires minima, des rémunérations de nos banquiers sous peine de contredire ces grands principes. Pourtant, un dilemme bien connu des économistes et assez simple à comprendre nous montre que des comportements rationnels ne conduisent pas forcément et pas nécessairement à la situation optimale pour la collectivité. On l'appelle le dilemme du prisonnier. Ecoutons cette histoire racontée par A. Tucker dans les années 1950 : deux suspects sont arrêtés par la police. Mais les agents n''ont pas assez de preuves pour les inculper, donc ils les interrogent séparément en leur faisant la même offre. « Si tu dénonces ton complice et qu''il ne te dénonce pas, tu seras remis en liberté et l''autre écopera de 10 ans de prison. Si tu le dénonces et lui aussi, vous écoperez tous les deux de 5 ans de prison. Si personne ne se dénonce, vous aurez tous deux 6 mois de prison. » On voit que l''intérêt collectif serait que tous les deux se taisent, ils écoperaient ainsi de 6 mois de prison chacun et pourrait retrouver très vite leur liberté. Pourtant, cette stratégie payante collectivement ne pourra être choisie par aucun des suspects. En effet, si l'un se tait l'autre à tout intérêt à le dénoncer pour recouvrer sa liberté ; le choix de dénoncer l'autre est le seul qui soit rationnel dans ces conditions (quel que soit le choix de l'autre, j''ai intérêt à le dénoncer). Les 2 suspects en étant rationnels aboutiront à une situation non optimale collectivement : faire chacun 5 ans de prison.
Pour revenir au réel : des cas semblables peuvent apparaître lors de politiques commerciales d''entreprises qui pourraient avoir intérêt à coopérer en évitant de baisser leur prix réciproquement ou d'engager des dépenses de publicité coûteuses (chacun perdant le montant dépensé pour la pub sans récupérer forcément plus de part de marché que si aucun n''avait lancé d'offensive). Tout ceci conduit à mettre en évidence le fait que le fonctionnement d'un marché laissé à lui même a de grandes chances de conduire à des situations sous optimales. On voit aussi que des accords collectifs et/ou une règlementation permettraient (sous certaines conditions) de se rapprocher d'une situation meilleure. Plus récemment, des comportements d'acteurs supposés rationnels sur les marchés financiers ont abouti à une situation contraire aux intentions de chacun. Les paniques boursières constituent un exemple typique de ces effets pervers. Quand un grand nombre d'individus, par crainte d''une baisse des cours, vendent leurs actifs, ils provoquent ce qu'ils craignent : une chute du cours des actions. La rationalité des acteurs économiques et sociaux est par conséquent limitée. Il ne faudrait pas tenir pour postulat que leurs motivations individuelles et la recherche de leur intérêt propre permettent toujours d'atteindre l'optimum social.
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